Archives mensuelles : octobre 2017

Réflexion sur l’évolution des soins avec les plantes

On m’a souvent demandé : « Comment ont fait les premiers humains pour découvrir les propriétés des plantes ? » Je me suis également posé la question pendant longtemps. En observant les animaux et en entendant diverses histoires à leur sujet, je me suis dit que les premiers humains devaient être plus proches de leur instinct et moins dans leur intellect, tout comme le sont les animaux qui savent intuitivement vers quelle plante se tourner quand ils ont un malaise. C’est probablement leur intuition qui a guidé nos ancêtres vers les aliments et les remèdes que leur offrait la nature.

Au début des années 1990, un passage lu dans le livre L’intelligence des plantes de Robert Frédérick m’a mise sur cette piste. En effet, l’auteur racontait une histoire vécue par quelques pilotes d’avions militaires dont l’appareil avait été touché en sol ennemi. Le pilote survivait à l’écrasement de son avion et se retrouvait seul dans une forêt dont la flore lui était totalement inconnue. Il devait survivre dans un environnement étranger, à court de vivres et d’eau. Certains de ces pilotes ont été retrouvés vivants, des mois après leur accident. Ils racontaient qu’à un certain moment, affamés et n’ayant qu’eux-mêmes sur qui compter, ils développaient un sixième sens, une faculté de communiquer avec les plantes. Certaines les invitaient à se nourrir de leur feuillage, leur fruit ou autre. Alors que d’autres leur donnaient un signal de danger. En écoutant ses messages, ces pilotes ont réussi à survivre pendant des mois. La nécessité, la survie et un contact étroit avec la nature leur ont permis de développer des facultés de communication avec le règne des plantes.

Le goût peut aussi être un indice de la toxicité d’une plante. Il n’est pas infaillible, mais il peut renseigner sur les dangers de consommer une plante donnée. Un goût âcre n’invite pas à faire bombance et c’est un avertissement qu’on a peut-être affaire à une plante toxique.

Il est probable que les essais, les erreurs, les expériences ont permis de raffiner le savoir sur l’effet des plantes. Parfois, on prend une plante pour un symptôme ou un malaise précis et on se rend compte que cela règle un autre problème qui était présent. C’est ce savoir enrichi au fil des siècles qui est parvenu jusqu’à nous. Certains usages sont tombés en désuétude et d’autres se sont ajoutés. L’humain et les plantes évoluent et s’adaptent à leur environnement, c’est du vivant qui interagit avec du vivant en constante évolution.

Le plus vieil écrit sur la médecine et l’usage des plantes médicinales est le papyrus Ebers, qui aurait été rédigé au 16e siècle avant notre ère. Depuis, plusieurs personnages de l’histoire ont partagé leur savoir sur les herbes qui soignent. Mais l’idée ici n’est pas de faire l’historique de l’herboristerie, qui est un sujet en soi.

L’herboristerie est un art qui s’est transmis très souvent dans la discrétion. Il faut dire que les porteurs et porteuses du savoir sur les médicinales ont été pourchassés pendant l’inquisition où des millions et des millions de personnes ont péri sur le bûcher ou par la torture. Pour quelles raisons ? Est-ce que ces hommes et ces femmes (car c’était surtout des femmes) avaient une forme d’autonomie et de pouvoir qui ne plaisaient pas à la classe dirigeante ? Est-ce cette chasse aux sorcières qui a rendu les herboristes discrets ?

Malgré tout, les herboristes ont continué de dispenser des soins, car le désir d’aider et soulager la souffrance demeurait. Les connaissances étaient transmises de génération en génération. Toutefois, au milieu du 20e siècle, l’avènement des médicaments de synthèse a pratiquement relégué aux oubliettes les plantes et leurs vertus médicinales. La transmission s’est effritée dans le monde moderne et plusieurs personnes se souviennent avoir vu leur grand-mère soigner avec certaines plantes, mais le savoir n’a pas été transmis.

Il y a environ vingt-cinq ans, ces connaissances ont à nouveau été transmises au Québec par Marie Provost et Danièle Laberge et cela a été le début des écoles d’herboristerie dans notre province.

Aujourd’hui, le nombre de personnes se tournant vers les plantes pour se soigner va grandissant. L’augmentation sans cesse croissante des ventes de produits naturels, l’intérêt marqué pour les cours sur les plantes qui soignent sont là pour le prouver.

Il se trouve des détracteurs pour dire que les propriétés des plantes ne sont pas prouvées scientifiquement et qu’elles n’ont pas d’effet. Toutefois, des milliers d’années d’utilisation et d’expertise transmises et bonifiées sont une accumulation de preuves qui ne peuvent être niées.

Passiflore

Je constate quotidiennement les bienfaits des plantes et à quel point cela atténue des problèmes de santé ou les fait disparaître carrément. Je ne peux douter de leurs effets. Pas besoin d’un scientifique pour me dire que cela fonctionne. Je le constate et tant mieux si un scientifique par son analyse vient confirmer ce que le savoir empirique transmet depuis des centaines, voire des milliers d’années. Et je ne suis pas la seule à constater l’effet bénéfique des plantes, nous sommes un nombre incalculable sur la planète à se soigner avec les végétaux. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux pays de faire appel davantage aux médecines traditionnelles (MT) ou médecines complémentaires (MC), dont font partie les plantes médicinales, pour améliorer la santé de la population. Le rapport complet de la Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle est disponible en ligne à l’adresse suivante :

http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/95009/1/9789242506099_fre.pdf

La Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2013-2024 se donne comme objectifs d’aider les états membres à :

  1. Mettre à profit la contribution potentielle de la MT/MC à la santé, au bien-être et aux soins de santé axés sur la personne ;
  2. Favoriser un recours sûr et efficace aux produits, pratiques et praticiens de MT/MC grâce à leur réglementation, leur évaluation et leur intégration dans les systèmes de santé, s’il y a lieu.

Alors, même s’il y a eu, en Occident, une période où les plantes médicinales ont été moins présentes dans les soins, elles sont demeurées pour une grande partie de la population mondiale, la seule médecine accessible. En Occident, on les redécouvre et elles peuvent compléter de manière très efficace les traitements médicaux conventionnels. Il y a un véritable mouvement dans ce sens et l’Organisation mondiale de la santé encourage les pays membres à développer des collaborations entre les différentes médecines pour le bien de l’être humain. Cette utopie n’est peut-être pas si loin. D’ailleurs, l’Université de Montréal organise en mai 2017 une journée sur la santé intégrative et des cours sur les approches complémentaires sont offerts maintenant à l’éducation permanente de cette université. À suivre…

 

 

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